samedi, avril 14, 2007

Le prince des humanistes

Érasme de Rotterdam (1469-1536), ce grand humaniste de la Renaissance, est, sans contredit, le penseur, l'érudit et le polémiste le plus important et le plus célèbre du début des Temps modernes! L'actualité de sa pensée est renversante! C'est le premier penseur «moderne»! Stefan Zweig a écrit à son sujet: "Sa plume était son sixième doigt." (Stefan Zweig, Érasme) On pourrait donc affirmer que l'activité intellectuelle était le centre de la vie de cet humaniste hollandais! Il traduisait sa vision du monde dans ses écrits. Et quelle vision! À commencer par «L'Éloge de la Folie» (qu'il aurait écrit à cheval!). Dans ce livre «inclassable», Érasme donne la parole à la Folie, pour mieux nous faire voir celle des hommes! C'est une critique brillante (à l'humour incisif) des travers humains. S'y retrouvent: le sceptique et le croyant, le pauvre et le riche, le laïc et le clerc, le sage et le sot! Personne n'y échappe! La lucidité de sa vision est assurément celle d'un sage! Le succès immédiat du livre étonna l'auteur lui-même! Dès sa parution en latin, on l'a traduit en français. On le traduira dans de nombreuses autres langues! Étonnamment, Érasme considérait qu'il ne s'agissait que d'une fantaisie qu'il s'était permise. C'est pourtant cet ouvrage intemporel qui lui a assuré une gloire immortelle! Son humour brillant a traversé les siècles et ravi des générations de lecteurs, qui ont pu rire sainement d'eux-mêmes et de leur entourage.
«Les Colloques» sont l'autre ouvrage qui a conforté la réputation d'Érasme. Cette oeuvre permet de suivre son évolution historique ainsi que son aventure spirituelle. Il y pratique l'animation des idées par des personnages contemporains que des spécialistes identifieront comme des amis d'Érasme, et parfois lui-même! Y sont exposés les problèmes sociaux, politiques et religieux de son temps. Pour ce faire, il emploie une forme dramatique qu'il teinte d'une verve satirique. La forme populaire de ces dialogues permet à l'auteur une grande liberté de langage et d'esprit! Ce sera aussi un succès considérable!
Érasme a été un grand théoricien de la pédagogie, mais, curieusement, il n'aimait pas le métier de professeur! C'est l'un de ses paradoxes! Il a toutefois donné une orientation humaniste et chrétienne à sa pédagogie et sa philologie.
En conclusion, voici ce qu'en dit Jean-Claude Margolin dans son essai «Érasme par lui-même»: "[...], malgré le clair-obscur qui enveloppe une partie de son oeuvre et plus d'une page de son existence, un axe lumineux oriente les recherches et profile sur lui la problématique érasmienne: l'axe de la pédagogie. «Philosophe du Christ», militant de la paix, peintre satirique des moeurs de son temps, observateur ironique des folies humaines, admirateur fervent des sages et des saints qui n'ont jamais outrepassé la mesure de l'homme, Érasme peut à bon droit se prévaloir du titre de précepteur de l'humanité, [...]." Peut-on écrire un plus bel hommage? Par sa plume alerte et son propos toujours pertinent, Érasme est et restera toujours un bienfaiteur de l'humanité, et l'un des plus grands!
Note: «Portrait d'Érasme» par Hans Holbein (1523) [Londres, National Gallery]

Blaise Pascal

Blaise Pascal (1623-1662): tout à la fois grand moraliste, grand écrivain et grand scientifique! Un génie multiforme comme il y en a eu très peu dans l'Humanité! Le 17e siècle français peut s'enorgueillir à juste titre de l'avoir vu vivre! Malgré sa brièveté (39 ans), son existence ici-bas a pourtant marqué de façon indélébile la pensée humaine!
Comme scientifique, il a «inventé» la géométrie projective, le calcul des probabilités et la physique expérimentale. À 19 ans, il conçoit une machine arithmétique, préfiguration de la calculatrice d'aujourd'hui! En avance de trois siècles!
Sa vie a été jalonnée de problèmes de santé; il a donc connu dans sa chair la souffrance physique, lot indissociable de la condition humaine, sur laquelle il a si pertinemment réfléchi.
Pascal s'est toujours jeté dans le travail avec une hâte prémonitoire. Il entame un nouveau domaine avec soudaineté; toutefois, dès qu'il en a assimilé les premiers principes, il s'en détourne pour en aborder un autre, pressentant que ceux qui jouiraient d'une vie plus longue que la sienne seraient mieux en mesure de mener plus loin ses travaux. Il voyait clair!
Voici un extrait des «Pensées» qui illustre bien son génie de penseur et d'écrivain:
"Que l'homme contemple donc la nature entière dans sa haute et pleine majesté; qu'il éloigne la vue des objets bas qui l'environnent. Qu'il regarde cette éclatante lumière, mise comme une lampe éternelle pour éclairer l'univers; que la terre lui paraisse comme un point au prix du vaste tour que cet astre décrit, et qu'il s'étonne de ce que ce vaste tour lui-même n'est qu'une pointe très délicate à l'égard de celui que ces astres, qui roulent dans le firmament, embrassent."
Toujours dans «Les Pensées», voici comment il considère le divertissement comme «palliatif» à l'ennui: "Qui ne voit la vanité du monde est bien vain lui-même. Aussi qui ne la voit, excepté de jeunes gens qui sont tous dans le bruit, dans le divertissement et dans la pensée de l'avenir. Mais ôtez leur divertissement, vous les verrez se sécher d'ennui. Ils sentent alors leur néant sans le connaître, car c'est être bien malheureux que d'être dans une tristesse insupportable aussitôt qu'on est réduit à se considérer et à n'en être point diverti." N'est-ce pas d'une lucidité stupéfiante? Quelle justesse de vision sur la nature humaine!
La lecture de Pascal n'a pas laissé indifférents les écrivains postérieurs importants. Voici ce qu'écrivait Diderot à son sujet: "Élégant écrivain et raisonneur profond, il eût sans doute éclairé l'univers, si la Providence ne l'eût abandonné à des gens qui sacrifièrent ses talents à leurs haines." Quant à Jean D'Ormesson: "C'est un génie universel. Il est dépassé comme savant. Il est indépassable comme écrivain."
Jacques Attali, biographe remarqué de Pascal, écrit: "Tous les grands philosophes, en commençant par Aristote, sont des scientifiques, et Pascal fut à la pointe de la science mathématique, physique, chimique de son époque. Pascal est certainement l'intellectuel le plus extraordinaire de tous les temps. Je dis intellectuel car, pour moi, il n'y a pas d'intellectuel qui n'écrive dans une langue simple et claire, et Pascal est d'abord un grand écrivain, un génie qui invente véritablement la langue française."
C'est par l'écriture que Pascal créait sa pensée. Et quelle écriture! C'est justement par la beauté de l'expression qu'on atteint à une hauteur de pensée! Et Pascal y excellait!
Son oeuvre maîtresse, Les «Pensées», abonde en idées d'une extrême modernité! Par exemple, il y réfléchit sur les limites de la liberté et l'importance du déterminisme. Il y développe un questionnement poussé sur l'absurdité de la vie. Comme cité plus haut, il y remarque l'attitude angoissée des hommes face à la mort, qu'ils essaient de conjurer par le divertissement. Et l'on sait l'importance démesurée qu'a pris le divertissement de nos jours! Touché, monsieur Pascal! Vous avez tout vu, tout compris!
Pascal a pourtant vécu une immense solitude. Il avait une surprenante capacité à vivre et à travailler dans la douleur, étant constamment malade. C'est dans cette vie austère qu'il a élaboré une Oeuvre qui reste comme l'un des phares de l'Humanité. Monsieur Pascal, nous ne vous serons jamais assez reconnaissants! Merci de nous avoir éclairés!

vendredi, avril 13, 2007

Molière

Molière! L'un des plus grands auteurs de théâtre de tous les temps! Et aussi, assurément, l'un des plus grands moralistes! En parlant du français, on dit «la langue de Molière»; c'est déjà tout dire!
Jean-Baptiste Poquelin naît à Paris le 15 janvier 1622. Il est le fils de Jean Poquelin, marchand-tapissier, et de Marie Cressé. Il va grandir dans le milieu le plus vivant de Paris, entre les Halles, l'Hôtel de Rambouillet et le Pont-Neuf. Comme tous les futurs grands auteurs de l'époque, il fait ses études chez les Jésuites, au Collège de Clermont. Dès son jeune âge, Jean-Baptiste est mis en contact avec l'univers théâtral. Son grand-père maternel, Louis Cressé, l'emmène souvent à l'Hôtel de Bourgogne, où il voit jouer les farces par les «Comédiens Italiens» et les tragédies par les «Grands Comédiens». C'est probablement à cette époque qu'il développe un goût définitif pour le théâtre, et marquera cet art de la Parole de façon indélébile!
Pour donner une idée de son génie, voici un extrait de l'une de ses meilleures pièces: «Les Femmes savantes». À la relire, j'en éprouve autant de plaisir que la première fois! Il s'agit d'Henriette s'adressant à sa soeur Armande (Acte I, scène 1).
Henriette
"Le Ciel, dont nous voyons que l'ordre est tout-puissant,
Pour différents emplois nous fabrique en naissant,
Et tout esprit n'est pas composé d'une étoffe
Qui se trouve taillée à faire un philosophe.
Si le vôtre est né propre aux élévations
Où montent des savants les spéculations,
Le mien est fait, ma soeur, pour aller terre à terre,
Et dans les petits soins son faible se resserre.
Ne troublons point du Ciel les justes règlements
Et de nos deux instincts suivons les mouvements.
Habitez, par l'essor d'un grand et beau génie,
Les hautes régions de la philosophie,
Tandis que mon esprit, se tenant ici-bas,
Goûtera de l'hymen les terrestres appas.
Ainsi, dans nos desseins l'une à l'autre contraire,
Nous saurons toutes deux imiter notre mère:
Vous, du côté de l'âme et des nobles désirs,
Moi, du côté des sens et des grossiers plaisirs;
Vous, aux productions d'esprit et de lumière,
Moi, dans celles, ma soeur, qui sont de la matière."
C'est magnifique, n'est-ce pas? Et très pertinent! Henriette, la pragmatique pleine de bon sens, se permet de faire la leçon à sa soeur Armande, l'intellectuelle qui a tendance à se croire supérieure aux communs des mortels par son prétendu haut-savoir.
Le bon sens d'Henriette et sa lucidité sont remarquables. Elle ne condamne pas le goût d'Armande pour les choses de l'esprit (en lui disant, par exemple, qu'elle veut être savante uniquement pour impressionner ses prétendants), mais tente de lui faire comprendre que son attitude plus pratique, dans son désir de fonder une famille, est tout aussi valable. On en revient toujours au juste milieu (la Voie du Milieu du Bouddha!).
L'éclat du génie de Molière (pour le fond et la forme) est aussi bien marqué dans ces deux autres extraits tirés de son chef-d'oeuvre: «Le Misanthrope». Il s'agit de Célimène s'exprimant en présence d'Éliante, Philinte, Acaste, Clitandre, Alceste et Basque (Acte II, scène 4).
Célimène (à propos de Damis)
"Oui; mais il veut avoir trop d'esprit, dont j'enrage.
Il est guindé sans cesse; et, dans tous ces propos,
On voit qu'il se travaille à dire de bons mots.
Depuis que dans la tête il s'est mis d'être habile,
Rien ne touche son goût, tant il est difficile.
Il veut voir des défauts à tout ce qu'on écrit,
Et pense que louer n'est pas d'un bel esprit,
Que c'est être savant que trouver à redire,
Qu'il n'appartient qu'aux sots d'admirer et de rire,
Et qu'en n'approuvant rien des ouvrages du temps,
Il se met au-dessus de tous les autres gens.
Aux conversations même il trouve à reprendre;
Ce sont propos trop bas pour y daigner descendre;
Et, les deux bras croisés, du haut de son esprit
Il regarde en pitié tout ce que chacun dit."
Toujours Célimène (à propos d'Alceste)
"Et ne faut-il pas bien que monsieur contredise?
À la commune voix veut-on qu'il se réduise,
Et qu'il ne fasse pas éclater en tous lieux
L'esprit contrariant qu'il a reçu des cieux?
Le sentiment d'autrui n'est jamais pour lui plaire:
Il prend toujours en main l'opinion contraire,
Et penserait paraître un homme du commun,
Si l'on voyait qu'il fût de l'avis de quelqu'un.
L'honneur de contredire a pour lui tant de charmes,
Qu'il prend contre lui-même assez souvent les armes;
Et ses vrais sentiments sont combattus par lui,
Aussitôt qu'il les voit dans la bouche d'autrui."
C'est magistral! Du grand Molière! Il fait le portrait de personnages trop imbus d'eux-mêmes, qui croient que leur façon de voir est la seule valable. Il s'en trouve encore beaucoup de nos jours! Une autre preuve que le théâtre de Molière est intemporel!


mercredi, mars 28, 2007

Courbet et la sensualité

«LA FEMME À LA VAGUE» (1868)
C'est peut-être la plus belle poitrine de femme jamais peinte! L'eau ruisselante sur cette chair magnifique donne un éclat superbe à la carnation de cette gorge! Les seins, magnifiques, sont d'une rondeur parfaite et semblent très fermes. Dans ce tableau, Courbet exprime à merveille la sensualité du corps féminin! Le visage du modèle, loin de la provocation, est empreint d'une douceur teintée de mélancolie. Elle a l'air perdue dans ses pensées. Sa pose montre qu'elle est consciente de sa beauté, mais sans aucune ostentation! Une réussite totale! C'est encore l'Art qui triomphe par une autre incarnation splendide de la Beauté!

dimanche, mars 25, 2007

La Beauté selon Renoir II

«BAIGNEUSE SE COIFFANT» (1893)
Une
autre peinture de Renoir à la gloire du corps féminin! De la pure poésie visuelle! Bien qu'ils puissent susciter le désir, les modèles du maître n'adoptent jamais de postures lascives! Renoir a la faculté géniale de saisir la Beauté au quotidien et de nous la rendre de façon sublime! On reste confondu d'admiration devant tant de charme visuel! Monsieur Renoir, vous embellissez notre vie!


samedi, mars 24, 2007

La joie de vivre!

«LES GRANDES BAIGNEUSES» (1887), par Renoir
Dans cette magnifique peinture de Renoir, la joie de vivre explose! Le maître excelle à peindre des scènes où les personnages respirent le bonheur de vivre à pleins poumons! C'est tout à fait le cas ici. Ces jeunes femmes s'amusent comme des enfants! Elles profitent pleinement des plaisirs de cette baignade! De quoi remonter le moral! Une réussite!

Une harmonie parfaite!

«LES TROIS GRÂCES» (1639), par Rubens
Ce tableau de Rubens est assurément l'un des plus beaux de l'Histoire de l'Art! Ces «Trois Grâces» (ou «Charites») sont des divinités de la Beauté. Elles répandent la joie dans la Nature et le coeur des hommes; et même dans celui des dieux! L'Olympe est leur demeure, en compagnie des Muses, leurs amies. On les désigne généralement comme trois soeurs: Euphrosyné, Thalia et Aglaé. Leur père est Zeus, roi des dieux, et leur mère s'appelle Eurynomé, fille de l'Océan. On croit que les Grâces ont beaucoup d'influences sur les travaux de l'esprit et les oeuvres d'art. D'ailleurs, elles sont toujours représentées dans des poses gracieuses! On les surnomme «filles du Ciel» ou «filles du Soleil et de la Lumière». Elles seront aussi regardées comme le symbole de la Bienfaisance. Qui sait si ce ne sont pas elles-mêmes qui ont guidé la main de Rubens pour les représenter dans un tableau qui s'avère un chef-d'oeuvre absolu! On serait portés à le croire!

vendredi, mars 16, 2007

La Beauté selon Renoir

«BAIGNEUSE AUX CHEVEUX DÉNOUÉS» (1903)
Ce
tableau de Renoir est une pure merveille! Quel superbe hommage rendu au corps de la femme! Toute la beauté du monde est contenue dans ce tableau! Un autre de mes coups de foudre absolus pour un nu féminin exécuté par un maître!
La peinture de Pierre-Auguste Renoir m'a toujours fasciné par ses couleurs chatoyantes dans des scènes exprimant la joie de vivre ou, comme ici, la beauté des femmes. Son amour de la vie illumine ses tableaux! C'est un plaisir exquis pour l'oeil et tonifiant pour l'âme! Monsieur Renoir, je vous aime!

Victor Hugo

L'incontournable Victor Hugo! Le massif hugolien a dominé son siècle à plus d'un point de vue; en ce sens, il est un des rares écrivains majeurs dont l'influence a été telle qu'elle a dépassé la sphère de la littérature.
Dans sa jeunesse, il aurait écrit dans un cahier: "Chateaubriand ou rien!" Hé bien, la suite de sa vie montre que l'élève a dépassé le maître! Ce n'est pas rien!
Le 19e siècle n'avait que deux ans quand il est né, soit le 26 février 1802. Je me flatte d'avoir en commun avec lui notre signe astrologique: Poissons!
Hugo, ce polygraphe, est l'un des rares auteurs qui a excellé dans toutes les formes de la littérature: poésie, roman, théâtre, chronique. Ici, je ne ferai état (bien évidemment) que de ses productions les plus connues.
En poésie: «La Légende des siècles», «Les Contemplations», «Les Châtiments».
Oeuvres romanesques: «Notre-Dame de Paris», «Les Misérables», «Les Travailleurs de la mer», «L'Homme qui rit», «Quatre-vingt-treize».
Théâtre: «Hernani», «Ruy Blas».
Chronique: «Choses vues».
Quant à la vie de Victor Hugo, elle s'avère en elle-même une «oeuvre gigantesque». Elle fascine parce que Hugo est une «contradiction vivante». Sa passion des femmes se manifeste très tôt. Pourtant, il est toujours puceau (semble-t-il) lorsqu'il épouse à vingt ans Adèle Foucher. Celle-ci se montre une excellente conjointe, mais, pour elle, la sexualité sera toujours un «devoir conjugal». L'inassouvissement de ses ardeurs crée donc une grande frustration chez Hugo. La rencontre providentielle de l'actrice Juliette Drouet, en 1833 (il a trente-deux ans), lui permettra de satisfaire sa «voracité sensuelle». C'est le début d'une liaison exemplaire qui durera plus de cinquante ans! En passant, j'ose révéler que, comme moi, Hugo a un goût très marqué (remontant à sa prime jeunesse) pour les «pieds féminins», qu'il trouve très érotisants. [En effet, qu'y a-t-il de plus beaux sur Terre que les pieds nus d'une jolie femme?] D'ailleurs, j'ai pu me rendre compte, dans mes lectures, qu'il n'est pas le seul écrivain d'importance à avoir cette attirance particulière...
En ce qui a trait à sa production littéraire, il est remarquable de constater que ses oeuvres les plus achevées ont été écrites à l'âge mûr. Voici, à ce propos, ce qu'écrit Henri Guillemin: "Consistance de Victor Hugo? Certes. À partir de l'heure, assez tardive (la cinquantaine), où il se récupère, se mobilise et s'accomplit. Tout ce qui compte dans son oeuvre, tout ce qui lui assure permanence--et, quantitativement même, c'est de beaucoup la plus large part--tout ce qui le constitue dans sa stature et dans sa substance d'écrivain, c'est le jaillissement colossal qui commence en 1852 pour durer, ininterrompu, jusqu'au milieu de l'année 1878." En ce qui me concerne, c'est drôlement encourageant, ayant déjà atteint 52 ans au moment d'écrire ces lignes! Victor Hugo est toujours pertinent: on doit le lire, et surtout, le relire! Comme Shakespeare (qu'il admirait), il est un «homme-océan»! Son oeuvre est inépuisable; elle aide à vivre! C'est la caractéristique principale des plus grands!

jeudi, mars 15, 2007

Émile Zola

Émile Zola demeure, à mon avis, l'un des dix plus grands écrivains français! Ce n'est pas rien! Et pourtant! De son vivant, on l'a traîné dans la boue parce qu'il a «osé» décrire la vie des classes populaires. L'impulsion qu'il a donnée à l'«Affaire Dreyfus» a d'ailleurs fait redoubler la méchanceté de ses ennemis à son endroit. La bourgeoisie, tout en dénonçant ses romans, s'empressait de les lire en cachette! C'était le règne de l'hypocrisie! On aspergeait l'auteur de vitriol tout en attendant fiévreusement ses nouvelles productions! C'est peut-être dans la «Recherche» de Proust que s'est le mieux exprimée l'attitude ambivalente des gens bien-pensants de l'époque. Dans «Le Côté de Guermantes», on peut lire: "[...] Et ce fut d'une voix entrecoupée, comme si elle perdait la respiration, qu'elle dit:
-Zola, un poète!
-Mais oui, répondit en riant la duchesse, ravie par cet effet de suffocation. Que Votre Altesse remarque comme il grandit tout ce qu'il touche. Vous me direz qu'il ne touche justement qu'à ce qui... porte bonheur! Mais il en fait quelque chose d'immense; il a le fumier épique! C'est l'Homère de la vidange! Il n'a pas assez de majuscules pour écrire le mot de Cambronne."
Proust a ici magistralement exprimé le sentiment d'une certaine classe sociale bien-pensante à l'endroit de Zola à cette époque. On est sidéré aujourd'hui par la virulence du mépris manifesté dans les articles et les caricatures des publications contemporaines: "Cachez ce sein que je ne saurais voir!" Cela devait attrister infiniment le maître du naturalisme. Il était pourtant énormément lu, souvent par ceux-là même qui le vouaient aux gémonies!
D'ailleurs, la prose de Zola est d'une qualité et d'une richesse qui me fait corroborer l'avis de la duchesse de Guermantes, à l'effet que notre auteur s'avère d'abord un poète, avant d'être un romancier réaliste. L'ampleur et le souffle de son oeuvre ne se comparent qu'à celle de Balzac, dont il était un grand admirateur, je crois. Le cycle des «Rougon-Macquart» vaut tout autant que la «Comédie humaine». Balzac lui-même ne le nierait pas!
«Germinal», «L'Oeuvre» et «La Joie de vivre» sont des romans fabuleux! Plusieurs autres ne sont pas moins fascinants, comme: «Nana», «L'Assomoir», «Pot-Bouille», «La Faute de l'abbé Mouret».
Dans sa création et dans son action, la persévérance de ce géant a eu le dernier mot: on a transféré ses restes au Panthéon et Dreyfus a été réhabilité. Comme tous les grands auteurs, son oeuvre est inépuisable! Un incontournable!

Théophile Gautier

Théophile Gautier (1811-1872): certainement l'un des plus grands prosateurs français! Ce n'est d'ailleurs pas fortuit si c'est à lui que Baudelaire a dédicacé «Les Fleurs du mal». Son oeuvre, multiforme, est fascinante! Il avait comme amis, entre autres, Balzac et Hugo! Les grands hommes se reconnaissent entre eux!
Parmi ses romans, on pense surtout à «Mademoiselle de Maupin» (dont la préface avait créé des remous!) et au «Capitaine Fracasse» (que Proust a lu avec intérêt dans sa jeunesse). Deux pierres finement taillées!
Ses nouvelles foisonnantes, principalement du domaine fantastique, sont un pur délice pour l'esprit! Il y fait preuve d'une riche imagination et d'une grande virtuosité de style. Je pense, par exemple, à «La Morte amoureuse», qui est un vrai bijou!
Cet auteur a aussi publié des récits de voyage: il aimait à élargir ses horizons!
Gautier était un être paradoxal. Par exemple, il s'identifiait comme un marginal; pourtant, par trois fois, il a posé sa candidature à l'Académie française! Sa poésie, par sa forme, est d'ailleurs très «classique», comme dans «Émaux et camées», qui est son principal recueil poétique. On y trouve pourtant des poèmes très audacieux, comme «Contralto», qui est un hymne à un être hermaphrodite!
Fait singulier, il est l'auteur de l'argument d'un ballet très célèbre: «Giselle». Dans son cas, on peut assurément parler d'un polygraphe!
Théophile Gautier prônait l'art pour l'art: en ce sens, il en a incarné de multiples facettes! Il a beaucoup été la conscience artistique de son siècle! C'est un immense écrivain qu'on a intérêt à lire et relire!

vendredi, mars 02, 2007

Alexandre Dumas

Alexandre Dumas (1802-1870)! Assurément, l'un des plus grands romanciers qui aient existé! Il fait redécouvrir et aimer l'Histoire en la rendant passionnante! Ses romans sont gorgés de vie! Quand on entreprend sa lecture, il est très difficile de le quitter!
Parmi sa colossale production, il faut lire absolument «Les Trois Mousquetaires», «Le Comte de Monte-Cristo» et «La Reine Margot». Du cycle des «Mousquetaires», il faut aussi mentionner: «Vingt ans après» et «Le Vicomte de Bragelonne». En outre, il est fortement recommandé de lire «La Dame de Monsoreau» et «Joseph Balsamo». Sur la Révolution française, il y a aussi l'incontournable «Chevalier de Maison-Rouge». Après avoir lu tous ces titres, l'on devient définitivement «dumasophile»! Le reste de la production comprend en bonne part des livres presque tous aussi passionnants que ceux précités! On les dévorera donc avec délice!
Dumas reste un formidable conteur! Il demeure l'un des plus grands atouts de la Littérature parce qu'il incite fortement à la lecture en s'adressant tout à la fois à l'intelligence et au coeur du lecteur, tour de force qui n'est réussi que par les plus grands! Voici d'ailleurs l'hommage que lui a rendu Victor Hugo à l'occasion de son décès: "Alexandre Dumas est un de ces hommes qu'on peut appeler les semeurs de civilisation; il assainit et améliore les esprits par on ne sait quelle clarté gaie et forte; il féconde les âmes, les cerveaux, les intelligences; il crée la soif de lire; il creuse le génie humain, et il l'ensemence. Ce qu'il sème, c'est l'idée française. L'idée française contient une quantité d'humanité telle que partout où elle pénètre, elle produit le progrès. De là l'immense popularité des hommes comme Alexandre Dumas. Alexandre Dumas séduit, fascine, intéresse, amuse, enseigne. De tous ses ouvrages, si multiples, si variés, si vivants, si charmants, si puissants, sort l'espèce de lumière propre à la France." Que cet homme ait vécu et écrit, vraiment, le plaisir de vivre en a été augmenté! Merci, monsieur Dumas!

mercredi, février 07, 2007

Art et musique

Cette peinture de Renoir, «Jeunes Filles au piano», amalgame merveilleusement l'art et la musique! Elle date de 1892. Renoir avait alors 51 ans. C'est l'une de mes préférées du maître! J'ai appris qu'il en avait fait plusieurs versions. La musique occupe toute l'attention des deux jeunes filles (la musicienne et son amie). Les couleurs sont ici chatoyantes à souhait, rendant clairement le bonheur de la scène! Renoir s'est intéressé à la musique dès l'enfance. Il avait d'ailleurs plusieurs amis musiciens. Il a peint plusieurs tableaux où les personnages sont près d'un piano. Ce tableau-ci est, quant à moi, le plus réussi du genre! Le mariage de l'art et de la musique y est magnifiquement célébré! Renoir excelle à exprimer le bonheur dans une scène. C'est peut-être le peintre qui y parvient le mieux!


Éloge de la lecture

Cette peinture, une des plus magnifiques sur le thème de la lecture, est de Franz Eybl et s'intitule «Jeune fille lisant». Elle date de 1850. Cette très belle jeune fille se trouve complètement absorbée par son livre (sans doute un roman prenant!), au point d'oublier son épaule dénudée. Elle est hors de l'espace/temps habituel. Mentalement, elle vit ce qu'elle lit! Celle-ci semble d'ailleurs fort touchée par cette lecture. Ce tableau s'avère une superbe conjonction de l'art et de la littérature! Ici, les deux domaines de la création humaine s'enrichissent mutuellement, pour notre plus grand bonheur! C'est véritablement un coup de maître de Franz Eybl! Un enchantement pour le coeur et l'esprit!


samedi, février 03, 2007

Vermeer et les femmes

Les femmes sont au coeur de l'oeuvre de Vermeer. Ce tableau en est une admirable illustration! C'est une scène mythologique intitulée «Diane et ses compagnes». La peinture a été réalisée vers 1655-1656. L'une des suivantes de la déesse Diane lui lave ses magnifiques pieds. Ce tableau sublime renferme, selon moi, toute l'essence du mystère féminin dans ses différentes facettes! Un pur ravissement!

mercredi, janvier 31, 2007

«Le Coucher à l'italienne»

Cette peinture magnifique de Jacob van Loo est une invitation aux plaisirs de l'intimité! Dans «Le Coucher à l'italienne», tableau réalisé vers 1650, la jeune fille au corps superbe s'apprête à se coucher, mais avant, elle jette un coup d'oeil à celui qui va la rejoindre. On peut anticiper que ce n'est pas pour dormir immédiatement! Les joies de l'amour sont au rendez-vous!
Jacob van Loo (1614-1670), est un peintre originaire de Hollande. Il est le fondateur de la «dynastie» des Van Loo, installée en France à partir du 17e siècle, et s'étant illustrée par la peinture. Le talent artistique s'est donc transmis d'une génération à l'autre, pour le plus grand bénéfice de l'Art!

samedi, janvier 27, 2007

«La Grande Odalisque»

Dans la poursuite de la description et l'analyse de mes «nus féminins» préférés en peinture, voici «La Grande Odalisque», de Jean-Auguste-Dominique Ingres. Ce tableau date de 1814. Cette «femme de harem» est splendide de sensualité! Il s'agit d'ailleurs de l'une des plus célèbres peintures de son auteur!
Bien qu'elle soit de dos, la jeune femme regarde directement vers le spectateur, reflétant son désir dans ses yeux! Son visage est à la fois de face et de profil, préfigurant déjà le cubisme (on pense, bien sûr, à Picasso!). Son corps s'étire comme une belle arabesque. Pour obtenir l'effet souhaité, j'ai appris que Ingres avait ajouté trois vertèbres à son sujet. C'est la perception qui l'intéresse, et non pas la transposition «clinique» de la réalité! L'inexactitude anatomique (volontaire) est largement compensée par la séduction du sujet! D'ailleurs, le résultat est probant! Cette odalisque s'avère même l'incarnation idéalisée de la sensualité féminine! On sent chez Ingres un grand amour du corps de la Femme, dont ce tableau est une merveilleuse illustration! La démarche esthétique d'Ingres consistait en une recherche constante de la perfection. On sait maintenant qu'il était en avance sur son temps; c'est ce que n'ont pas compris les critiques contemporains qui ont mal reçu cette oeuvre pourtant sublime! Bien mieux que les critiques d'art, les poètes ont su, eux, apprécier à sa juste valeur toute l'originalité de cette figure remarquable! Théophile Gautier, par exemple, a compris les «licences anatomiques» que prenait le peintre: "Quelle élégance abandonnée dans ces longs membres qui filent comme des tiges de fleurs au courant de l'eau." On ne peut mieux dire!
Chez Ingres, l'idéalisation des formes et le réalisme des détails s'interpénètrent. «La Grande Odalisque», devenue l'une des grandes icônes de la peinture classique, en est peut-être le meilleur exemple! M. Ingres fait donc bien partie de ces grands artistes dont l'Oeuvre éblouissante, par sa contemplation, embellit notre vie; justifiant ainsi la nécessité de l'Art!


samedi, janvier 20, 2007

Le plus beau nu féminin!

C'est possiblement le plus beau nu féminin de l'histoire de l'art! En tout cas, j'incline fortement en ce sens! J'estime qu'il s'agit ici d'une évocation parfaite de la Beauté à l'état pur! C'est la «Vénus à son miroir» de Vélasquez. Cette merveille de peinture date environ de 1650. La perfection de ce nu féminin est telle qu'elle incite à croire en l'inspiration divine! J'ose affirmer que c'est la plus belle représentation de la Femme jamais peinte! On est totalement admiratif en contemplant ses formes souples et gracieuses. Quant à sa carnation, elle est parfaite! La sensualité de ce corps splendide saute aux yeux, mais la sage pose élimine tout sentiment de provocation, mettant plutôt l'accent sur la pudeur du sujet, qu'on voit uniquement de dos (gardant ainsi cachés ses attributs féminins). Par là, Vélasquez réussit le tour de force de rendre hommage au corps féminin sans offenser les «bonnes moeurs» de la Cour d'Espagne du 17e siècle. L'élégance du rideau rouge vif donne toute sa majesté à Vénus, dont le corps est d'une telle fluidité dans ses courbes qu'il s'intègre magistralement à l'ensemble! La magie que ce tableau opère consiste en la symbiose parfaite de la simplicité et de la noblesse: la grâce des formes se marie merveilleusement à la somptuosité des couleurs.
Cupidon, qui présente un miroir à Vénus, est littéralement plongé dans la contemplation de la belle déesse, oubliant même son carquois et ses flèches. Ses poignets sont entourés de liens d'un rose tendre. C'est la fascination de l'Amour pour la Beauté! Pourquoi le reflet du visage de Vénus est-il flou? C'est peut-être que Vélasquez voulait que toutes les femmes puissent s'identifier (idéalement) à la déesse de la Beauté. Par ce même miroir, Vénus, elle, peut voir distinctement ceux qui la regardent. Quel trait génial! Vélasquez était aussi un fin psychologue!
En somme, cette peinture est l'image même de la Beauté se livrant totalement, mais tout à fait librement! C'est l'Art qui atteint le suprême degré de perfection en réalisant son but ultime: enjoliver la Vie!

mercredi, janvier 17, 2007

Sensualité et candeur

Cette peinture de François Boucher, «L'Odalisque blonde» (1752), exprime à merveille une forme de sensualité saine, c'est-à-dire dénuée de toute pensée perverse. On désire cette jeune fille, oui, mais dans l'optique de l'inonder de tendresse... Le modèle est connu: il s'agit de Louise O'Murphy, une jeune Irlandaise qui a été un temps la maîtresse de Louis XV. Elle ne dégage ici aucune concupiscence, mais irradie la candeur. Sa sensualité est une célébration de la beauté sans prétention, avec l'unique but d'enchanter ceux qui la regardent. C'est la splendeur de la vie, dans sa jeunesse et sa pureté! J'estime d'ailleurs que le corps féminin est l'ultime perfection de la Nature! On en a ici un bel exemple!

dimanche, janvier 14, 2007

La «Joconde du nord»

Cette peinture du grand Vermeer, la «Jeune fille au turban» (ou «Jeune fille à la perle») est tellement célèbre qu'on l'a surnommée la «Joconde du nord». C'est tout à fait mérité! On a l'impression que cette superbe jeune fille vous regarde personnellement! De plus, on sent toute l'intelligence et la sensibilité de son regard!
L'écrivaine américaine Tracy Chevalier, dans son très beau roman «La Jeune Fille à la perle» (publié initialement en 1999), a osé imaginer l'histoire du charmant modèle de cette peinture et sa relation avec Vermeer. Se rapproche-t-elle de la vérité ou non? On ne le saura sans doute jamais! Cette question reste toutefois secondaire, l'important étant que ce merveilleux tableau l'ait fascinée au point de stimuler assez son imagination pour nous donner ce magnifique roman, qui s'avère un bel hommage à cette oeuvre d'art unique!
À son tour, le roman a inspiré un film touchant dont la beauté plastique est indéniable! Il s'agit de «Girl with a Pearl Earring», réalisé par Peter Webber en 2003. Dans le rôle-titre, on retrouve la très belle et talentueuse Scarlett Johansson. Ce film s'avère aussi une remarquable reconstitution de la vie en Hollande (plus précisément à Delft) à l'époque de Vermeer, vers le milieu du 17e siècle.
Combien de tableaux ont généré successivement dans l'Histoire un roman et un film? Je l'ignore, mais je ne serais pas étonné qu'on puisse les compter sur les doigts d'une main! Après son «purgatoire» de quelques siècles, la gloire de Vermeer semble maintenant immortelle!