jeudi, février 28, 2008

Femme préoccupée

Toujours de Edward Hopper, voici «Automat» (1927).

L'âme féminine

L'âme féminine: voici une peinture qui nous en révèle une partie! Il s'agit de «Chop Suey» (1929), peint par l'américain Edward Hopper.

lundi, février 04, 2008

L'Amour triomphant!

Voici une superbe peinture du peintre italien Le Caravage (1571-1610): «L'Amour vainqueur» (1602-1603). Il s'agit d'un Cupidon assis, peint d'après modèle. Il brandit sa flèche de la main droite, alors que gisent à ses pieds des armes de discorde, des livres et d'autres objets. La figure est très vivante et d'un charme profond. Le corps est sublime de réalisme!
Certains prétendent que le modèle a été l'amant du Caravage, étant donné son goût prononcé pour les corps masculins en peinture. Même si c'était effectivement le cas, ça n'enlève rien au tableau, qui est un chef-d'oeuvre! Et quel beau message que l'Amour venant à bout de toutes les turpitudes terrestres! Merci, monsieur Le Caravage, pour ce magnifique exemple de votre talent exceptionnel!

jeudi, janvier 31, 2008

Une affection touchante!

De retour à Théodore Chassériau: voici «Les Deux Soeurs» (1843). On est immédiatement touché ici par la profonde affection qui semble unir intimement ces deux jolies jeunes femmes. Une tendresse infinie émane de leur beau visage. Ce tableau pourrait s'appeler «Les Liens du sang». Ce qui frappe aussi, c'est le fait que ces deux soeurs sont habillées superbement de façon identique! C'est probablement pour accentuer leur complicité! Une grande intelligence se lit également dans leur regard! Il s'agit sûrement de deux jeunes dames cultivées. Un tableau exemplaire qui suscite une grande admiration!

Une belle méditante!

Voici, encore de Francesco Hayez, «La Méditation» (1851). On est tout de suite touché par le recueillement de cette très jolie jeune fille! Son sein découvert est adorable! Le livre (la Bible?) et la croix qu'elle tient montrent bien son profond attachement à la religion. L'ensemble incite justement à la méditation. Une belle réussite d'Hayez, aussi heureux dans la religion que dans la mythologie!

Une singulière Vénus!

Il s'agit, ici, de «Vénus jouant avec deux colombes», ou «Portrait de Carlotta Chabert» (1830), toujours par Francesco Hayez . Cette Carlotta Chabert était une danseuse, maîtresse d'un riche aristocrate qui avait commandé le tableau à Hayez. Cette Vénus «incarnée» suscita évidemment de vives réactions. Aujourd'hui, on ne peut qu'être impressionné par la beauté de ce corps parfait, au fessier magnifique! Bravo, monsieur Hayez!

mercredi, janvier 30, 2008

La beauté en action

Cette scène biblique de l'intimité d'une femme s'appelle «La Toilette d'Esther» (1841), par Théodore Chassériau (1819-1856). Une autre célébration de la beauté féminine comme je les apprécie tant! Le visage mi-rêveur, mi-concentré, Esther, consciente de son apparence attrayante, met la dernière main à sa toilette. Elle peut être sûre qu'aucun homme ne sera indifférent à son charme, car elle est superbe! Une grande réussite de Chassériau!

mardi, janvier 29, 2008

Séduction des femmes rondes

Cette merveilleuse peinture, dont on admire ici le détail principal, montre une scène mythologique sous-marine. Le titre en est «Poissons d'or» (1901-1902), de Gustav Klimt (1862-1918), peintre autrichien. On y voit une océanide (chacune des nymphes de la mer, filles d'Okéanos et de Téthys). Elle a un visage riant en nous laissant admirer son fessier plantureux. Fière de nous montrer un superbe postérieur, son attitude est à coup sûr une invitation au plaisir! À mon avis, il s'agit d'un des plus magnifiques nus de femme vus de dos! Comment résister à ce corps féminin aux formes voluptueuses à souhait! Cette jeune femme bien en chair déborde de sensualité et de gaîté! Son très beau corps est une célébration de la vie dans ce qu'elle a de plus réjouissant! Pourtant, au Salon de Dresde, en 1904, le tableau avait suscité de vives réactions, heurtant la sensibilité des bien-pensants, et forçant les autorités d'exiger de Klimt qu'il retire de l'exposition son oeuvre controversée. Heureusement, les moeurs ont évolué depuis, le temps lui donnant raison sur la grande valeur esthétique de sa peinture audacieuse. Merci, monsieur Klimt, d'avoir osé célébrer si merveilleusement la beauté du corps des femmes rondes!

Religion et sensualité

Voilà une superbe peinture qui, traitant d'un sujet religieux, se veut officiellement «édifiante», mais qui n'en dégage pas moins un frais parfum de sensualité! Il s'agit de «Marie-Madeleine pénitente» (1825), par Francesco Hayez (1791-1882), peintre italien. Le crâne que le modèle a près d'elle rappelle la célèbre scène d'«Hamlet» de Shakespeare. Marie-Madeleine médite ici sur la vacuité de sa vie de «pécheresse». Dans la crainte du Seigneur, elle vivra désormais un état de chasteté. La ferveur religieuse occupera son esprit. En admirant cette très belle femme, on ne peut que regretter le fait que ce superbe corps ne réjouira plus la vue des hommes. Heureusement, grâce à Hayez, sa beauté est immortalisée!

vendredi, janvier 18, 2008

Le plus célèbre tableau du monde!

Je me résous enfin à écrire sur «La Joconde» (1503-1506), assurément le plus célèbre tableau du monde! C'est qu'on vient, ces jours-ci, de donner la preuve que le modèle est bel et bien l'épouse du marchand florentin Francesco del Giocondo. Son nom véritable serait «Lisa Maria Gherardini» (1479-1528). C'est donc une dame de la bourgeoisie italienne que Léonard de Vinci (1452-1519) a peinte! Qu'elle soit dorénavant clairement identifiée en dérange quelques uns. Ceux-ci considèrent qu'en perdant une partie de son mystère, la Joconde y perd aussi de son charme. Je ne suis pas d'accord! Mais pas du tout! La beauté esthétique absolue de cette peinture demeurera toujours! Le sourire énigmatique de son modèle continuera de susciter de multiples interprétations! Un chef-d'oeuvre est un chef-d'oeuvre, et reste un chef-d'oeuvre intemporel!

mercredi, novembre 14, 2007

Splendeur toute nue!

On la croirait sortie de nos rêves les plus fous! Il s'agit du «Portrait de Mademoiselle Duthé sortant du bain» (vers 1785), par Lié-Louis Périn-Salbreux (1753-1817). Un nouveau coup de coeur pour moi envers cette oeuvre d'un peintre du 18e siècle que je ne connaissais pas! Cette Mademoiselle Duthé était comédienne et courtisane. On comprend aisément que l'artiste ait voulu immortaliser une pareille beauté à l'état pur! Les nus du XVIIIe siècle sont indépassables! Vive la beauté! Vive la femme!

mercredi, octobre 17, 2007

Un grand poète de la pensée!

Alphonse de Lamartine (1790-1869) est un immense écrivain! On a tort de moins le lire aujourd'hui, car il a beaucoup à nous apprendre! Sa poésie est d'une grande fluidité et d'une profondeur surprenante! Son recueil «Méditations poétiques» et son roman en vers «Jocelyn» en sont de bons exemples! «Jocelyn» contient 9000 vers partagés en neuf «Époques». Le héros, Jocelyn, est ordonné prêtre dans une prison de Grenoble pendant la Terreur. Le manuscrit est présenté comme étant le «journal» de Jocelyn, trouvé par le poète, qui reprend la parole dans l'Épilogue. Le Narrateur est déchiré, puisqu'il vit une belle et grande histoire d'amour, mais est contraint au renoncement de l'amour humain (sacrifice de vie), étant donné sa condition de prêtre. En dépit de certaines invraisemblances, l'oeuvre demeure un grand poème. Ses admirateurs contemporains le voyaient un peu comme un Racine moderne ou un Chateaubriand en vers! Même si les comparaisons sont toujours boiteuses, elles demeurent tout de même révélatrices. Sa vie durant, Lamartine n'aura cessé de se poser la «grande question», celle du sens de la vie: le «secret du monde». C'est pourquoi je le présente comme le «poète philosophe». L'étude de sa pensée, qui se manifeste par la beauté de l'expression (poésie), n'a pas fini de nous étonner! Il ambitionnait justement d'écrire un immense poème philosophique qui se serait intitulé «Les Visions». Il semblerait que «La Chute d'un ange» et «Jocelyn» soient les «vestiges» de cette «cathédrale ébauchée». Le premier ouvrage étant le porche, le second le choeur. Pourtant, les «Méditations poétiques» sont un monument alliant à merveille la beauté à la réflexion! Il y est question, en gros, d'une âme en quête de bonheur et de vérité. C'est une rêverie ascendante: contemplation, réflexion, élévation. L'auteur s'efforce de parvenir à la fusion du visible et de l'invisible par la «musique harmonieuse» de la poésie! De ce livre, le poème intitulé «Dieu» exprime à merveille la quête d'absolu de l'auteur. Dans «Le Crucifix», poème tiré des «Nouvelles Méditations poétiques», son espérance chrétienne se manifeste . Quiconque ignore chez lui cette visée vers le sublime n'a pas pris la vraie mesure de cet homme décidément «hors normes»! Lamartine a été un mystique de la poésie!

mercredi, septembre 12, 2007

Trinité mythologique

«Vénus, Mercure et Amour» (vers 1525) , par Le Corrège
Au 16e siècle, les scènes mythologiques s'avéraient le prétexte idéal pour peindre «légitimement» des nus. Cela nous a valu de nombreux chef-d'oeuvres montrant le corps humain dans toute sa splendeur! C'est le cas de ce tableau du Corrège. Il pourrait tout aussi bien s'intituler «Éloge du corps chez l'Homme, la Femme et l'Enfant»! Une magnifique réussite de ce grand peintre italien!

lundi, septembre 10, 2007

Une beauté classique!

«Diane de Poitiers» (1571), par François Clouet (1510-1572)
Ce tableau est assurément l'un des plus beaux de l'histoire de la peinture! La grâce et la beauté atteignent ici un suprême degré de perfection! La féminité et la maternité y sont honorées de splendide façon! Une merveille!


vendredi, septembre 07, 2007

Superbe corps!

«La Femme au tub» (v.1891), par Edgar Degas (1834-1917)
Degas parvient à merveille à rendre toute la sensualité du corps féminin dans ses belles rondeurs. Ce magnifique tableau nous prouve de façon éclatante que la beauté à l'état pur existe aussi dans le quotidien. Ici, le modèle ne «pose» pas, mais accomplit une tâche élémentaire: se laver. Quant à moi, j'aurais bien envie de l'aider en lui savonnant le dos! Une réussite totale du grand Degas!

La belle domestique!

«La Belle Chocolatière» (v.1744-1745), par Jean-Étienne Liotard
La beauté de cette scène du quotidien suscite l'admiration! Je ne connaissais pas Jean-Étienne Liotard. C'est une très heureuse découverte pour moi!
Le beau visage de cette bonne exprime le respect et le dévouement. Son habillement dégage une certaine noblesse dans sa simplicité et son bon goût. Les couleurs sont très bien agencées. Du Grand Art!

Le dilemme

«Bethsabée» (1654), par Rembrandt
Cette magnifique peinture de Rembrandt exprime un terrible dilemme pour Bethsabée, personnage biblique. Elle vient de recevoir une missive du roi David lui enjoignant de la rejoindre, car celui-ci se sent fou de désir pour elle depuis qu'il l'a entraperçue au bain. Comme elle est mariée à Urie (militaire respecté), elle est déchirée entre l'obéissance à son roi et la fidélité à son mari! La splendeur de son corps ne nous fait pas oublier la tristesse de son visage, car, quel que soit son choix, elle en subira les conséquences: punition en cas de désobéissance ou remord en cas d'adultère! Situation cornélienne! Le génie de Rembrandt consiste ici à nous émouvoir à la fois pour la beauté de Bethsabée et pour l'angoisse qu'elle ressent à l'idée du choix déchirant qu'elle est tenue de faire. Un chef-d'oeuvre absolu!





jeudi, août 30, 2007

Élisabeth Vigée-Lebrun

«Autoportrait» (années 1780), par Élisabeth Vigée-Lebrun (1755-1842)
Je viens de découvrir tout récemment cette superbe et excellente artiste du 18e siècle!
Cer autoportrait me plaît énormément! L'artiste y reproduit sa beauté, mais sans ostentation. Elle est élégamment vêtue, mais sans chercher à jeter de la poudre aux yeux. Elle s'y peint avec palette et pinceaux, montrant ainsi clairement sa fonction. Sa renommée était considérable, puisqu'elle a été peintre de cour. Elle a immortalisé les membres de la famille royale (celle de Louis XVI). Je considère toutefois cet autoportrait (il y en a eu au moins un autre) comme sa plus grande réussite!


mercredi, août 15, 2007

Proust l'homme

Je crois pouvoir affirmer que l'homme Marcel Proust (1871-1922) est aussi riche et singulier que son oeuvre grandiose «À la recherche du temps perdu». Ce créateur génial était un être d'exception. On va même jusqu'à affirmer (et j'en suis!) qu'il est l'«Einstein de la littérature»! Ceux qui l'ont côtoyé de près ont tous été fortement impressionnés par sa personnalité, sa façon d'être et sa vive intelligence. Voici justement quelques témoignages fort révélateurs concernant l'homme et son oeuvre.
Colette
[À propos de «Du côté de chez Swann»]
"Tout ce qu'on aurait voulu écrire, tout ce qu'on n'a pas osé ni su écrire, le reflet de l'univers sur le long flot, troublé par sa propre abondance..."
Léon-Paul Fargue
"Il dégageait de la bonté amère."
Ramon Fernandez
"Cette miraculeuse voix, prudente, distraite, abstraite, ponctuée, ouatée, qui semblait former les sons au-delà des dents et des lèvres, au-delà de la gorge, dans les régions mêmes de l'intelligence... Ses admirables yeux se collaient matériellement aux meubles, aux tentures, aux bibelots; par tous les pores de sa peau, il semblait aspirer la réalité contenue dans la chambre, dans l'instant, dans moi-même; et l'espèce d'extase qui se peignait sur son visage était bien celle du médium qui reçoit les messages invisibles des choses."
Edmond Jaloux
"Il y avait (en 1917) dans son physique même, dans l'atmosphère qui flottait autour de lui, quelque chose de si singulier que l'on éprouvait à sa vue une sorte de stupeur. Il ne participait point à l'humanité courante; il semblait toujours sortir d'un cauchemar, et aussi d'une autre époque, et peut-être d'un autre monde: mais lequel?
[...]
À vrai dire, cette description ne me satisfait guère; il y manque ce je ne sais quoi qui faisait sa singularité: mélange de pesanteur physique et de grâce aérienne de la parole et de la pensée; de politesse cérémonieuse et d'abandon; de force apparente et de féminité. [...] On était à la fois en face d'un enfant et d'un très vieux mandarin."
François Mauriac
"Je revois cette chambre sinistre de la rue Hamelin, cet âtre noir, ce lit où le pardessus servait de couverture, ce masque cireux à travers lequel on eût dit que notre hôte nous regardait manger, et dont les cheveux seuls paraissaient vivants. Pour lui, il ne participait plus aux nourritures de ce monde. L'obscur ennemi dont parle Baudelaire, ce temps «qui mange la vie» et qui «du sang que nous perdons croît et se fortifie», se condensait, se matérialisait au chevet de Proust déjà plus qu'à demi engagé dans le non-être, et devenait ce champignon énorme et proliférant, nourri de sa propre substance, son oeuvre: Le Temps retrouvé."
Violet Schiff*
"L'étrange enchantement des nuits passées avec Marcel Proust nous a inspiré la conviction qu' aucun entretien diurne n'aurait pu avoir le même charme. [...] Rien de ce qu'il disait n'était insignifiant ou banal. Non qu'il fût tout le temps sérieux. Sa satire mordante ne provoquait nul sentiment de tristesse ou d'amertume. Il se mettait en scène dans sa conversation comme il le faisait dans ses livres, mais il ne parlait pas de lui."
*Amis de Proust, Violet et Sydney Schiff formaient un couple d'Anglais riches, cultivés et cosmopolites. Mécènes des écrivains et des artistes, ils furent les hôtes de la grande réception (souper) donnée en soirée à l'hôtel Majestic le 18 mai 1922, à l'occasion de la première du ballet «Renard», dont l'invité d'honneur était Stravinsky, compositeur de la musique du spectacle. Les autres invités de marque étaient principalement Diaghilev, Picasso, Joyce et Proust.

CITATIONS D'OUVRAGES SUR PROUST
"Proust, jugea Violet, était un remarquable exentrique, et non l'insupportable mondain qu'on lui décrivait, un satiriste mordant aux dons éblouissants de causeur et non un ennuyeux bavard. Le sentiment initial d'avoir affaire à un être d'exception ne faisait que se confirmer quand on le connaissait mieux. Rien de moins mystérieux que l'impression produite par Proust sur ses contemporains à partir de 1918. Ce qui donne un caractère d'exception à son existence, c'est la conviction ardente qu'il avait de sa vocation d'écrivain, son dévouement total à son art impliquant un renoncement à la vie de caractère presque masochiste. Mais si dès l'adolescence il a le sentiment confus de cette vocation, la force de celle-ci n'est devenue évidente qu'une fois qu'il eut maîtrisé ses doutes et ses craintes, vers la quarantaine."
-Richard Davenport-Hines, Proust au Majestic, Grasset, 2008, p.70 (traduit de l'anglais par André Zavriew)

[Portrait: «Proust» par Jacques-Émile Blanche]

vendredi, août 10, 2007

Chateaubriand ou la contradiction

Je me décide enfin à écrire sur Chateaubriand (1768-1848)! Il y a fort longtemps que je songeais à lire les célèbres «Mémoires d'outre-tombe». Je différais cette lecture à cause d'une certaine difficulté à pénétrer l'univers mental du grand homme. Depuis, j'ai mûri, littérairement parlant! Je commence enfin à goûter sa prose! Ces mémoires sont constituées de quatre parties composant 44 livres, plus un «supplément» documentaire. La dernière phrase de cette autobiographie est saisissante et prophétique: "Il est six heures du matin; j'aperçois la lune pâle et élargie; elle s'abaisse sur la flèche des Invalides à peine révélée par le premier rayon doré de l'Orient; on dirait que l'ancien monde finit et que le nouveau commence. Je vois les reflets d'une aurore dont je ne verrai pas se lever le soleil. Il ne me reste qu'à m'asseoir au bord de ma fosse; après quoi je descendrai hardiment, le crucifix à la main, dans l'éternité." Wow! Ce n'est pas mal du tout! Monsieur Chateaubriand avait le sens de la formule! Les «Mémoires d'outre-tombe» sont encore et toujours considérées comme le maître-livre de Chateaubriand. Au début, il est question de son enfance bretonne; ensuite, il évoque la période révolutionnaire en France, puis le voyage américain, qui sera suivi de l'exil anglais. Enfin, c'est le retour en France! Dans le livre douzième, Chateaubriand n'oublie pas de nous faire part de l'importance qu'a eue l'Angleterre dans sa formation intellectuelle et littéraire. Plus le récit de sa vie avance, plus le personnage privé et le personnage public de l'auteur «s'interpénètrent»! On pense à la période consulaire et impériale. Il nous informera de ses démêlés avec Napoléon et des principaux épisodes de sa vie littéraire. Sous la Restauration, il traite de son action politique, ainsi que de ses grandes amitiés et ses relations littéraires. En passant, tout le livre vingt-neuvième est centré sur la personne de Madame Récamier! C'est révélateur sur son importance dans sa vie!
Ses relations de voyage comptent parmi ses plus belles pages! Dans le livre quarante-quatrième, il ose des réflexions «prophétiques» sur l'avenir du monde relayant la fin du «vieil ordre européen». Il relate les progrès de l'individualisme et le déclin de la société. Chateaubriand envisage ensuite un système «idéal» alliant monarchisme, christianisme et démocratie, rien de moins! Dans sa conclusion, il fait la récapitulation de sa vie.
Son autre grande oeuvre est «Le Génie du christianisme». C'est une immense réflexion sur l'originalité de la religion chrétienne. Son style y performe à son meilleur! Peut-être ambitionnait-il de reprendre sous une nouvelle forme l'«Apologie de la religion chrétienne», ouvrage inachevé de Pascal qui nous est parvenu sous l'état de notes qu'on a regroupées pour les éditer sous le titre immortel de «Pensées». Sans atteindre la profondeur de réflexion de Pascal, le livre a eu une immense portée en ranimant la foi de nombreux fidèles qui avaient relaché la pratique religieuse à la suite des convulsions révolutionnaires de la fin du siècle précédent. Dans la première partie, Chateaubriand commence par y traiter du lien nécessaire entre la foi et le sentiment de la nature. C'est toutefois les deuxième et troisième parties de l'oeuvre qui en sont le noyau, soit Poétique du christianisme et Beaux-arts et Littérature. Pour notre auteur, le christianisme trouve sa justification spirituelle dans sa dimension esthétique, car lui seul (mieux que toute autre spiritualité, philosophie ou mythologie) a su pénétré les secrets de l'âme et de la nature, nourissant ainsi l'inspiration poétique. Dans la quatrième et dernière partie, Chateaubriand tente de démontrer que le christianisme, de par sa vocation créatrice, s'avère historiquement comme la source irremplaçable du progrès de la civilisation. Selon moi, la thèse se vérifie, mais en partie seulement. On n'a qu'à penser aux profondes réticences de l'Église catholique à accepter les avancées de la science, celles-ci contredisant souvent les croyances chrétiennes. On en revient toujours à l'éternel débat entre Foi et Raison! Nonobstant les thèses contestables, il s'agit d'une oeuvre brillante sur le plan littéraire! C'est une raison suffisante, je crois, pour qu'elle soit lue par le lecteur assoiffé de beauté poétique à l'intérieur de la spiritualité!
Il ne faut pas perdre de vue que Chateaubriand se sait être une personne contradictoire, et l'admet volontiers! Par exemple, il est obsédé par la gloire, mais en même temps, il la trouve méprisable. Est-ce de la pose, ou est-il sincère? À chaque lecteur de fournir sa propre réponse! Une chose est sûre: Chateaubriand, par sa prose remarquable, nous invite à entamer une réflexion sur le sens de l'existence et la place qu'y occupe notre propre vie! C'est considérable!
[Portrait: «Chateaubriand» par Girodet]